Fonctionnement des nappes
Avec 80 millions de m3 prélevés tous les ans, les nappes de la plaine du Roussillon permettent l’alimentation en eau potable de tout le territoire de la plaine et le soutien d’activités économiques majeures comme l’agriculture et le tourisme. Ces nappes constituent donc une ressource indispensable en pays mediterranéen mais cependant fragile.
Entre Pyrénées et Méditerranée
Située à l’extrémité orientale des Pyrénées, sur une superficie de 900 km², la plaine du Roussillon se présente à la manière d’un amphithéâtre situé entre mer et montagne. A l’Est, la limite est formée par la Méditerranée alors que l’Ouest de la plaine se situe à moins de 25 km du pic du Canigou (2784 m).
Le sous-sol de la plaine du Roussillon constitue un réservoir aquifère important.
Une nappe, des nappes
Les nappes de la plaine du Roussillon sont constituées par une succession de niveaux de sables et graviers pouvant être remplis d’eau, à la manière d’une éponge, plus ou moins isolés entre eux par des niveaux moins perméables.
Deux familles de nappes majeures sont ainsi
superposées :
- A quelques mètres de la surface, dans les alluvions des cours d’eau, se trouvent les nappes du Quaternaire.
- Situés dans des terrains plus profond et jusque 200 m de profondeur se trouvent les nappes du Pliocène.
Situés dans des terrains du Pliocène et du Quaternaire, l’ensemble de ces nappes sont également appelées nappes plio-quaternaires.
Une ressource indispensable… mais fragile
Les nappes plio-quaternaires constituent une ressource indispensable : elles permettent de satisfaire certains usages capitaux, comme l’alimentation en eau potable de la population du Roussillon, l’irrigation agricole, l’activité touristique, etc. Chaque année, de l’ordre de 80 millions de m3 sont ainsi prélevés.
Jusqu’au milieu des années 2000, ces nappes étaient exploitées sans que ne se pose la question de leur pérennité. Cependant, différents problèmes ont été mis à jour :
- Un déficit quantitatif, des nappes profondes, dû au trop grand nombre de prélèvements : la recharge naturelle ne compense plus ce qui est extrait. Par ailleurs, la sécheresse historique de 2022 a également mis en évidence la fragilité des nappes quaternaires avec dans secteurs dans lesquels les puits et forages n’étaient plus exploitables.
- Des problèmes de pollution dus aux activités humaines et aux forages défectueux. Pour l’instant, ces problèmes sont ponctuels ou progressifs, mais il nous appartient de nous en préoccuper dès aujourd’hui pour éviter plus tard une situation irréversible.
Un aquifère multicouche
Les nappes plio-quaternaires constituent un système complexe. Il existe une superposition des réservoirs poreux sur une profondeur pouvant atteindre 200 m. Elles sont également en lien avec les eaux superficielles continentales, la mer et les autres ressources souterraines.
La plaine du Roussillon est un bassin sédimentaire dont le remplissage a été conditionné par les variations importantes du niveau marin au cours des temps géologiques et les apports de sédiments apportés par les différents fleuves du Roussillon. En conséquence, le sous – sol est constitué d’une alternance de niveaux de sables et graviers et de niveaux argileux et limoneux. On parle d’aquifère « multicouches ».
Les sables et graviers, gorgés d’eau, constituent les nappes. On distingue deux entités :
- A quelques mètres de la surface, dans les alluvions des cours d’eau, se trouvent les nappes du Quaternaire (ère géologique actuelle).
- Situés dans des terrains plus profond et jusque 200 m de profondeur se trouvent les nappes du Pliocène (fin de l’ère géologique tertiaire).
Ces nappes ont des propriétés et des fonctionnements différents.
Les nappes en lien avec autres ressources
Le fonctionnement des nappes plio-quaternaires est intimement lié à d’autres ressources connexes. Certaines permettent de réalimenter les nappes (canaux, karst des Corbières), d’autres servent d’exutoire (fleuves, mer etc.).
La gestion des nappes doit donc être réalisée en intégrant les échanges et les influences réciproques de ces différentes ressources.
Nappes Quaternaire
Présentes dans les alluvions des différents fleuves, les nappes quaternaires du Roussillon constituent une ressource en lien fort avec les eaux de surface. Elles sont facilement mobilisables mais potentiellement vulnérables aux pollutions et aux aléas climatiques.
Des nappes présentes dans les alluvions des différents fleuves
Les nappes quaternaires se situent dans les alluvions actuelles ou anciennes des cours d’eau du Roussillon (Agly, Têt, Tech).
De fait, elles ne sont pas présentes sur l’ensemble de la plaine mais dans les vallées alluviales et sur la bordure littorale (plaine de la Salanque et de l’Illibéris)
Des liens forts avec les eaux de surface
L’alimentation des nappes quaternaires se fait essentiellement par l’infiltration directe des eaux de pluie et de certains cours d’eau et canaux d’irrigation.
Ces nappes s’écoulent généralement vers les fleuves auxquelles elles sont associées. Ces derniers constituent alors leur exutoire et conditionnent donc le niveau d’eau des nappes, surtout sur leur partie aval.
Proche de la surface, les nappes quaternaires sont relativement aisées à exploiter mais elles sont également fortement vulnérables à d’éventuelles pollutions. En bordure littorale et à proximité des étangs côtiers, ces nappes sont particulièrement sensibles à l’intrusion d’eaux saumâtres.
Situés dans les alluvions des cours d’eau, ces nappes sont proches de la surface (quelques mètres) et généralement peu épaisses (rarement supérieures à 20 m sauf en bordure littorale).
A la faveur de ruptures de pente, des sources peuvent apparaître. Elles sont exploitées depuis longtemps dans le Roussillon, pour l’agriculture ou pour alimenter des fontaines et lavoirs.
Nappes Pliocène
Les nappes du Pliocène sont des nappes profondes et naturellement isolées de la surface. Malgré ces protections naturelles, des problèmes quantitatifs et qualitatifs existent.
Des nappes présentes sur l’ensemble de la plaine du Roussillon
Les nappes du Pliocène constituent des nappes « profondes » : elles peuvent atteindre 200 m de profondeur. Sur la majorité du territoire, elles sont recouvertes par les alluvions quaternaires.
Excepté à leur base où les niveaux sableux peuvent être épais, les nappes du Pliocène se présentent sur leur épaisseur comme une multitude de lentilles sableuses, gorgées d’eau, et plus ou moins connectées entre elles. Elles sont noyées dans une matrice argileuse peu perméable. Le toit argileux du Pliocène rend ces nappes captives et les isole donc de la surface et des nappes quaternaires.
Des nappes isolées de la surface
Isolées de la surface, l’infiltration des eaux de pluie n’est pas suffisante pour alimenter ces nappes profondes. D’autres types d’alimentation existent :
- Sur la partie amont de la plaine, entre Bouleternère et Saint Féliu d’Amont notamment, la Têt et sa nappe quaternaire s’infiltrent en partie dans les horizons pliocènes ;
- Les massifs périphériques, et en particulier le karst des Corbières (cf. autres ressources) sur la partie nord de la plaine, permettent une réalimentation importante des nappes pliocènes.
Ces nappes s’écoulent d’Ouest en Est, en direction de la Méditerranée qui constitue son exutoire naturel. Les liens entre nappes et Méditerranée sont cependant mal connus. Il convient donc d’être prudent pour éviter une éventuelle intrusion saline.
Naturellement isolées de la surface par d’importantes épaisseurs d’argile, les nappes du Pliocène sont à priori bien protégées. Fortement sollicitées depuis les années 60, le niveau d’eau de ces nappes a cependant baissé et des problèmes qualitatifs sont apparus.
Des nappes présentes sur l’ensemble de la plaine du Roussillon
Les nappes du Pliocène constituent des nappes « profondes » : elles peuvent atteindre 200 m de profondeur. Sur la majorité du territoire, elles sont recouvertes par les alluvions quaternaires.
Excepté à leur base où les niveaux sableux peuvent être épais, les nappes du Pliocène se présentent sur leur épaisseur comme une multitude de lentilles sableuses, gorgées d’eau, et plus ou moins connectées entre elles. Elles sont noyées dans une matrice argileuse peu perméable. Le toit argileux du Pliocène rend ces nappes captives et les isole donc de la surface et des nappes quaternaires.
Cet aspect captif explique qu’autrefois les forages dans le Pliocène étaient très souvent jaillissants, notamment en Salanque et en Illibéris.
Ce phénomène a aujourd’hui quasiment disparu du fait des importants prélèvements réalisés. Localement, il est cependant encore possible d’observer ce phénomène, essentiellement en période hivernale.